Marie Morio
marie· pma
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Témoignage · Parcours PMA

Grossesse après PMA : l'angoisse qui ne s'arrête pas

9 min ·

Le test est positif. Après des mois, parfois des années de PMA, tu devrais exploser de joie. Et au lieu de ça, tu as peur. Voilà ce que personne ne te dit sur la grossesse après une PMA : l'angoisse ne s'arrête pas au test positif, elle change juste de forme.

Le test positif n'est pas la fin de l'angoisse

On t'a vendu le test positif comme la délivrance. La récompense après tout ce que tu as traversé : les piqûres, les prises de sang, l'attente, peut-être un don, peut-être plusieurs échecs. Le jour où la prise de sang confirme le taux de β-hCG, tu es censée enfin souffler.

Sauf que pour beaucoup de femmes, ce n'est pas ce qui se passe. À la peur que ça ne marche pas succède une autre peur : celle de perdre ce qu'on a enfin obtenu. Tu as mis tellement d'énergie, tellement d'espoir, tellement de toi dans cette grossesse après PMA, que l'idée qu'elle s'arrête te terrifie.

Personne ne t'avait prévenue de ça. On t'avait dit que le plus dur, c'était d'y arriver. On ne t'avait pas dit que le test positif ouvrait juste une nouvelle attente, plus longue encore.

Pourquoi on n'arrive pas à se réjouir

Autour de toi, tout le monde est soulagé. « Tu vois, tu y es arrivée. » « Maintenant, profite. » « Tu peux enfin être heureuse. » Et toi, tu n'y arrives pas vraiment. Tu te réjouis, oui, mais avec un poids sur la poitrine, une retenue, une peur qui ne te lâche pas.

Pourquoi je culpabilisais de ne pas être seulement heureuse

Moi, je m'en voulais. Je me disais : tu as tout fait pour avoir cet enfant, et maintenant que tu l'attends, tu n'es même pas capable d'en profiter à fond. Quelle ingrate. Rationnellement, je savais que j'avais de la chance, que beaucoup de femmes auraient rêvé d'être à ma place. Mais émotionnellement, je n'arrivais pas à lâcher la peur. Les deux cohabitaient : la joie et la terreur, en même temps.

Si tu vis ça, je veux te le dire clairement : ne pas déborder de joie ne veut pas dire que tu n'aimes pas ce bébé. Ça veut dire que le parcours t'a marquée. Quand on a appris pendant des mois à ne pas trop espérer pour ne pas trop souffrir, on ne réapprend pas la confiance en un seul test positif.

L'hypervigilance : guetter chaque signe

La grossesse après PMA, c'est souvent un long état de vigilance. Un peu comme le two week wait, mais étiré sur des mois. Tu surveilles tout.

Guetter le moindre saignement, la moindre douleur

Tu vas aux toilettes en redoutant de voir du sang. Tu interprètes chaque tiraillement dans le ventre. Tu te demandes si tu as encore les seins tendus, si les nausées sont toujours là, parce que tu as lu quelque part que leur disparition était mauvais signe. Tu poses ta main sur ton ventre le matin pour vérifier que tout va bien, alors qu'à ce stade tu ne peux rien sentir.

Et puis il y a Google, encore. Tu tapes « pas de symptômes grossesse PMA », « saignement début grossesse FIV », « taux β-hCG qui stagne ». Tu lis des forums où chaque histoire te fait basculer du soulagement à la panique. Tu sais que ça ne t'aide pas. Tu le fais quand même.

Chaque rendez-vous, chaque échographie

Les rendez-vous médicaux deviennent des montagnes russes. Avant chaque échographie, la peur monte : tu te prépares au pire, tu te dis que cette fois on va t'annoncer que le cœur ne bat plus. Pendant l'examen, tu scrutes le visage du soignant avant même de regarder l'écran. Et quand on te dit que tout va bien, tu respires enfin, pour quelques jours.

Puis l'angoisse remonte doucement jusqu'au rendez-vous suivant. La première échographie, celle des 12 semaines, celle de la morphologie : chacune est une épreuve à passer, pas un moment de joie tranquille. Tu n'oses pas acheter de vêtements, préparer une chambre, dire que tu es enceinte, tant que tu n'as pas franchi l'étape d'après.

« Le test positif, ce n'est pas la fin du parcours. C'est juste le début d'une autre attente. »

Quand la grossesse après PMA est vraiment à risque

Il faut le dire honnêtement : parfois, cette angoisse n'est pas qu'une question de tête. Les grossesses obtenues par PMA présentent un risque un peu plus élevé de certaines complications.

La PMA augmente-t-elle les risques pendant la grossesse ?

Un peu, oui. Plusieurs études montrent que la pré-éclampsie touche environ 6 % des grossesses après FIV, contre environ 1 % des grossesses naturelles, et que le risque d'accouchement prématuré est plus élevé. Tu peux lire les informations officielles sur le suivi du parcours sur le site de l'Assurance Maladie et de l'Agence de la biomédecine.

Je ne te dis pas ça pour t'affoler, et la grande majorité de ces grossesses se passent bien. Mais moi, je suis bien placée pour en parler : ma grossesse après PMA s'est terminée par une pré-éclampsie et un accouchement à 30 SA. C'est justement parce que ce parcours peut être à risque qu'il mérite d'être bien suivi médicalement, et bien entouré humainement. Si tu veux comprendre ce que ça recouvre, j'en parle en détail dans mon article sur la pré-éclampsie après PMA.

Ce qui aide à traverser cette grossesse

Je n'ai pas de recette magique pour faire disparaître l'angoisse. Mais voilà ce qui m'a aidée, et ce que je vois aider les femmes que j'accompagne.

Arrêter de vouloir « mériter » sa joie. Tu as le droit d'être heureuse et terrifiée en même temps. Les deux ne s'annulent pas. Te culpabiliser de ne pas être assez sereine ne fait qu'ajouter une couche de souffrance.

Limiter Google et les forums. Chercher des symptômes en ligne nourrit l'angoisse au lieu de la calmer. Garde tes questions pour ta sage-femme ou ton médecin, qui connaissent ton dossier.

Avoir un endroit pour déposer la peur. Pas pour qu'on te dise « détends-toi » ou « pense positif », mais pour que tu puisses dire à voix haute ce que tu n'oses pas dire à ton entourage, qui te voudrait juste heureuse.

Comment annoncer (ou pas) sa grossesse après une PMA

La question de l'annonce est particulière après une PMA. Beaucoup de femmes redoutent d'annoncer trop tôt, par peur d'avoir à « désannoncer » si ça tournait mal. D'autres ont déjà mis tellement de monde dans la confidence pendant le parcours qu'elles ne savent plus comment gérer. Il n'y a pas de bonne règle : tu annonces quand tu le sens, à qui tu le sens, et tu as le droit de garder ça pour toi aussi longtemps que tu en as besoin.

Pourquoi l'accompagnement continue après le test positif

On imagine souvent que l'accompagnement en PMA s'arrête quand le test est positif. Comme si, une fois enceinte, tout rentrait dans l'ordre. Or c'est souvent là que commence une nouvelle phase, faite d'attente, de vigilance et de peur, pour laquelle on est très peu accompagnée.

Une doula peut-elle accompagner une grossesse après FIV ?

Oui, sur le plan émotionnel. Je ne suis pas sage-femme, je ne pose aucun acte médical, et je ne remplace jamais l'équipe qui suit ta grossesse. Mais je peux t'accompagner sur ce que le médical ne prend pas en charge : l'angoisse qui ne lâche pas, la difficulté à te projeter, la culpabilité de ne pas être seulement heureuse, la peur avant chaque rendez-vous. Mon accompagnement va du premier rendez-vous de PMA jusqu'au retour à la maison, pas seulement jusqu'au test positif.

Quand j'étais enceinte après notre parcours, je n'avais personne pour ça. C'est aussi pour cette raison que je suis devenue doula : pour être, pour d'autres, la présence que je n'ai pas trouvée pour moi.

Questions fréquentes

Questions fréquentes sur la grossesse après PMA

Pourquoi je n'arrive pas à me réjouir de ma grossesse après une PMA ?

C'est très fréquent et tout à fait normal. Après des mois ou des années de PMA, le corps et la tête ont appris à se protéger, à ne pas trop espérer pour ne pas trop souffrir. Le test positif ne désactive pas ce réflexe du jour au lendemain. À la peur que ça ne marche pas succède la peur de perdre ce qu'on a enfin obtenu. Ne pas déborder de joie ne veut pas dire que tu n'aimes pas ce bébé : ça veut dire que tu as été marquée par le parcours.

L'anxiété est-elle plus forte pendant une grossesse après PMA ?

Souvent, oui. La grossesse après PMA s'accompagne fréquemment d'une hypervigilance : on guette chaque signe, chaque douleur, chaque saignement, on redoute chaque échographie. On a conscience de la valeur de cette grossesse et de tout ce qu'il a fallu pour l'obtenir, ce qui rend l'idée de la perdre encore plus difficile à supporter. Cette anxiété est compréhensible, et elle peut être accompagnée.

La PMA augmente-t-elle les risques pendant la grossesse ?

Les grossesses issues d'une PMA présentent un risque un peu plus élevé de certaines complications, comme la pré-éclampsie (environ 6 % après une FIV, contre environ 1 % pour une grossesse naturelle) ou un accouchement prématuré. Ce n'est pas une fatalité, et la grande majorité de ces grossesses se passent bien. Mais c'est une raison de plus d'être bien suivie et bien entourée, sans dramatiser pour autant.

Quand peut-on enfin souffler pendant une grossesse après PMA ?

Il n'y a pas de date magique. Beaucoup de femmes pensent qu'elles souffleront après la première échographie, puis après le premier trimestre, puis après chaque étape, et l'angoisse se déplace simplement plus loin. L'idée n'est pas d'attendre un moment où la peur disparaîtra d'un coup, mais d'apprendre à vivre avec, à l'apaiser, et à ne pas rester seule avec elle.

Une doula peut-elle accompagner une grossesse après FIV ou PMA ?

Oui, sur le plan émotionnel. Une doula n'est pas sage-femme et ne pose aucun acte médical : elle ne remplace pas l'équipe qui suit ta grossesse. Mais elle peut t'accompagner sur ce que le médical ne prend pas en charge : l'angoisse, la difficulté à se projeter, la culpabilité de ne pas être seulement heureuse, la peur à chaque rendez-vous. L'accompagnement ne s'arrête pas au test positif, il peut continuer jusqu'au retour à la maison.

Pour aller plus loin

Pré-éclampsie après PMA : accoucher trop tôt. Quand la grossesse à risque bascule : mon accouchement à 30 SA et l'après.

Attente transfert FIV (TWW) : traverser les 14 jours. L'attente entre le transfert et la prise de sang, juste avant le test positif.

Mon parcours : ce que j'ai compris en traversant la PMA. Du premier RDV gynéco à l'accouchement à 30 SA. Ce qui m'a menée à devenir doula.

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