Infertilité masculine : ce que personne ne nous a dit
En France, près d'un couple sur sept consulte pour des difficultés à concevoir. Près d'une fois sur deux, l'homme est concerné, seul ou avec sa partenaire. Et pourtant, presque personne n'en parle. Voici notre histoire, et surtout ce qu'on n'entend jamais sur le vécu des hommes et des couples qui traversent ça.
Et si ce n'était pas elle ?
Quand un couple n'arrive pas à concevoir, on pense souvent à la femme en premier. Nous aussi, on en était persuadés : si quelque chose clochait, ce serait sûrement de mon côté.
Et puis non. C'était lui. Une azoospermie. La façon dont on l'a appris, je la raconte dans mon article sur le spermogramme. Parce que ce dont personne ne parle vraiment, ce n'est pas l'examen, ni les résultats. C'est ce qui vient après : ce que l'infertilité fait vivre à un homme, et à un couple.
Le silence après le diagnostic
Pourquoi il arrive parfois que la femme veuille parler, et que l'homme se replie
Ce que personne ne te dit sur l'infertilité masculine, c'est ce qui se passe après le diagnostic. Dans le couple. Dans la tête. Dans le silence des conversations qui n'auront pas forcément tout de suite lieu.
Mon compagnon et moi n'avons pas réagi de la même manière. Lui s'est replié. Moi, j'avais besoin de parler, de chercher des solutions tout de suite. Lui avait besoin de temps, de digérer en silence. L'un veut parler, l'autre se tait. L'un espère, l'autre se protège. Et on ne s'en rend pas toujours compte.
J'ai longtemps eu l'impression qu'il s'en fichait. Que je portais tout. Que je gérais les rendez-vous, les recherches, les questions, les démarches, pendant que lui « subissait ». Avec le recul, j'ai compris : il n'était pas désinvesti. Il vivait son propre deuil. Celui d'un enfant biologique qu'on n'aurait jamais. Et il le vivait à sa façon, avec ses mots à lui (ou son absence de mots).
Ce décalage, beaucoup de couples le traversent. Mais peu en parlent. De plus, sur internet, on trouve plein de témoignages de femmes en parcours PMA. Très peu d'hommes.
Comment l'homme vit ça
Virilité, honte, deuil : ce que l'homme infertile traverse en silence
L'infertilité masculine touche à quelque chose de très intime : la virilité, l'idée d'« être un homme », la capacité de transmettre quelque chose de soi. Même quand on sait que c'est biologique, qu'on n'y est pour rien, qu'il n'y a aucune « faute », la culpabilité est là. La honte est là.
Et c'est invisible. Parce qu'à un homme infertile, on demande rarement « comment tu vis ça ? ». On lui demande comment elle va, elle, sa compagne. Comme s'il était juste le partenaire silencieux d'un combat qui ne le concernait pas vraiment.
Or, l'infertilité masculine, c'est sa nouvelle. C'est son corps. C'est son deuil aussi.
Beaucoup d'hommes infertiles portent en silence l'idée qu'ils empêchent leur compagne d'être mère. Qu'elle serait « mieux avec quelqu'un d'autre ». C'est une pensée qui s'installe parce que personne ne vient leur dire le contraire. Parce que personne ne pense à leur demander, à eux, ce qu'ils traversent.
Le tabou social de l'infertilité masculine
Pourquoi l'infertilité masculine reste plus taboue que la féminine
Quand on a appris la nouvelle, on n'en a parlé qu'à très peu de monde au début. Et quand on l'a fait, on a vu beaucoup de réactions différentes.
Certains ont été incroyables. Pas de jugement, pas de questions intrusives, juste : « Je suis là si vous voulez en parler. »
D'autres n'ont pas su quoi dire. Et c'est normal. Personne n'apprend, dans la vie, à recevoir une annonce d'infertilité, encore moins masculine. Mais leurs silences gênés, leurs « ah… d'accord » sans suite, leurs changements de sujet maladroits, ça pesait quand même.
Et puis, il y a eu les conseils non sollicités. Les « vous êtes jeunes, vous avez le temps ». Les « au moins, vous savez d'où ça vient ». Les « essayez de ne pas y penser ». Et la pire de toutes : « ça vous fait pas bizarre de ne pas savoir qui sera le père ? », comme si le père était forcément le géniteur. Ces phrases, qui voulaient sans doute consoler, tombaient à côté à chaque fois. Parce qu'elles partaient d'une réalité qui n'était pas la nôtre.
Ce qui m'a le plus marquée, c'est de réaliser à quel point l'infertilité masculine reste un tabou. Plus que l'infertilité féminine. Comme si nommer le fait qu'un homme ne peut pas avoir d'enfants biologiquement remettait en cause quelque chose de fondamental. Comme s'il fallait protéger sa fierté en évitant le sujet. Alors qu'au contraire, il aurait fallu en parler. Et reconnaître que ce n'est ni un échec, ni une faute. C'est une réalité médicale, qui concerne énormément de couples.
Et nous, justement, une fois qu'on l'a vraiment accepté, on n'a pas gardé ce tabou pour nous. On en parlait sans lourdeur, presque avec légèreté. C'était devenu, tout simplement, la suite logique de notre parcours.
Ce qu'on aurait voulu entendre
Que dire à un couple confronté à l'infertilité masculine
Si tu lis cet article parce que tu es concerné·e (l'homme infertile, la compagne, ou un·e proche), laisse-moi te dire ce qui nous aurait aidés, nous, à ce moment-là.
Pas « essayez d'adopter, c'est encore plus beau » (ce n'est pas le même projet).
Ce qu'on aurait voulu entendre, c'est tellement plus simple :
« Je ne sais pas quoi te dire. Mais je suis là. »
Ou rien du tout. Juste un message, un café, une présence silencieuse. Pas de conseil, pas de relativisation, pas de phrase pour combler le malaise. Juste savoir qu'on n'était pas seuls.
Aujourd'hui
Trouver de l'aide quand on traverse l'infertilité masculine
On a traversé tout ça. On a fait des choix qui nous appartiennent, et qui ne regardent que nous. On a une fille qui va bien. On va bien.
Si je raconte tout ça aujourd'hui, c'est parce qu'au moment où on l'a vécu, je n'ai trouvé personne pour me parler. Pas de témoignage incarné. Pas de doula spécialisée. Pas d'oreille qui sache. Juste des sites médicaux et des forums un peu chaotiques.
Je suis devenue doula pour proposer ce que je n'ai pas trouvé pour moi. Pour les couples qui passent par l'infertilité masculine, pour les femmes qui ne savent pas comment soutenir leur compagnon, pour les hommes que personne ne pense à interroger.
Si tu te reconnais dans cette histoire, entièrement ou en partie, sache que tu n'es pas seul·e. Et que ça vaut le coup d'en parler, même maladroitement, avec quelqu'un qui sait où ça fait mal.
Si tu veux en parler, je propose un accompagnement en visio : une heure, 70 €, avec quelqu'un qui connaît ce parcours de l'intérieur.
Tu veux qu'on en parle ?
Un appel découverte gratuit de 15 minutes, en visio, pour faire connaissance. Tu me racontes où tu en es, je te dis comment je travaille. Tu vois ensuite si tu veux qu'on aille plus loin.
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