Marie Morio
marie· pma
Témoignage · Bilan d'infertilité

Spermogramme : ce qu'on aurait voulu savoir

En France, le spermogramme est l'examen pivot du bilan d'infertilité d'un couple. Sur le papier, c'est juste un test, une formalité. Dans la vraie vie, c'est aussi le moment où tout peut basculer. Voilà ce qu'on aurait voulu savoir avant de faire le nôtre.

Qu'est-ce qu'un spermogramme et pourquoi on le prescrit

Le spermogramme est une analyse du sperme en laboratoire. C'est l'examen de base de tout bilan d'infertilité côté masculin. Il mesure plusieurs paramètres : la quantité de spermatozoïdes (concentration), leur mobilité, leur forme, le volume éjaculé, et quelques indicateurs annexes. Quand on l'associe à l'analyse de la forme des spermatozoïdes, on parle de spermocytogramme.

En pratique, ton médecin (gynécologue, médecin traitant ou urologue) le prescrit dans deux cas : quand le couple essaie de concevoir depuis 12 mois sans grossesse spontanée (6 mois si la femme a plus de 35 ans), ou directement si un antécédent connu fait suspecter une cause masculine.

Ce qu'on dit rarement : le spermogramme est prescrit dans la quasi-totalité des bilans d'infertilité, même quand on pense que ça vient « de toi ». Parce que statistiquement, le facteur masculin est en cause dans près de la moitié des cas, seul ou associé à un facteur féminin. C'est pour ça que le bilan d'infertilité concerne le couple, et pas seulement la femme : comme le rappelle l'Assurance Maladie, c'est bien la fertilité des deux partenaires qu'on explore.

Comment se passe l'examen concrètement

L'examen se fait sur rendez-vous, en laboratoire d'analyses médicales. Tu prends rendez-vous avec l'ordonnance, ta carte Vitale et ta mutuelle. Le coût est d'environ 30 à 50 €, pris en charge par la Sécurité sociale sur prescription (à 70 %, le reste par ta mutuelle ; 100 % dans le cadre d'un parcours de PMA).

Le jour J, le recueil se fait sur place, dans une pièce dédiée du laboratoire. Le recueil par masturbation est imposé sur place pour deux raisons techniques : éviter les variations de température entre la maison et le labo (les spermatozoïdes sont sensibles), et avoir l'échantillon analysé dans l'heure qui suit. Certains laboratoires acceptent un recueil à domicile si on apporte l'échantillon dans les 30 minutes, mais c'est de plus en plus rare.

L'environnement est cadré : pièce fermée, intimité préservée, kit de recueil stérile. Beaucoup d'hommes vivent ce moment comme maladroit, voire absurde, plus que comme douloureux ou intrusif. C'est un acte intime fait dans un contexte médical, et c'est ce décalage qui peut peser.

Délai d'abstinence avant un spermogramme : la règle des 2 à 7 jours

Avant l'examen, on demande au patient une abstinence sexuelle de 2 à 7 jours (pas d'éjaculation, ni par rapport ni par masturbation). Cette fenêtre n'est pas arbitraire : moins de 2 jours, la concentration en spermatozoïdes risque d'être faussement basse (l'échantillon n'a pas eu le temps de se reconstituer). Plus de 7 jours, la qualité (mobilité, vitalité) commence à se dégrader. Les labos conseillent en général 3 à 5 jours.

Le laboratoire te le rappellera à la prise de rendez-vous. Si tu n'as pas respecté ce délai, mieux vaut reporter d'un jour ou deux que d'avoir un résultat inexploitable.

Notre spermogramme : on pensait que ce serait une formalité

Quand on est allés voir notre gynéco pour la première consultation, on pensait honnêtement savoir d'où venait le problème. J'ai un syndrome des ovaires polykystiques, donc le terrain était suspect côté féminin. On y allait avec un seul scénario en tête : ça vient de moi, on va voir comment on s'y prend.

La gynéco a quand même prescrit un spermogramme à mon compagnon. Pas parce qu'elle pensait que ça viendrait de lui. Par acquit de conscience, pour écarter cette piste. Personne dans le cabinet ne pensait sérieusement que ce serait son test à lui qui révélerait quelque chose.

Lui non plus, d'ailleurs. Il a pris l'ordonnance, on a appelé un labo près de chez nous, et on a fixé un rendez-vous deux semaines plus tard. Pendant ces deux semaines, on n'y pensait pas plus que ça. On était occupés à se renseigner sur mes hormones, sur le SOPK, sur les protocoles possibles. Le spermogramme, c'était une case à cocher.

Le jour du recueil, il y est allé seul. On en a parlé en rigolant un peu le soir, comme on parle d'une corvée administrative. On n'était pas angoissés du tout. On était convaincus que ce serait normal.

Rationnellement, je sais bien qu'on aurait dû envisager les deux possibilités. Émotionnellement, on n'avait pas du tout ouvert la porte à ce scénario. Et c'est cette absence totale de préparation qui a rendu la suite aussi déroutante.

Comment lire les résultats d'un spermogramme ?

Le compte-rendu d'un spermogramme arrive généralement en 3 à 7 jours. Il liste plusieurs paramètres, chacun comparé à des seuils de référence définis par l'Organisation mondiale de la santé (OMS / WHO). La 6ᵉ édition de ces normes date de 2021 et sert de référence dans la plupart des laboratoires français.

Spermatozoïdes par mL, mobilité, morphologie : les normes OMS 2021

Voici les seuils de référence OMS 2021 (valeurs basses considérées comme normales) :

Important : ces seuils ne sont pas des seuils de fertilité. Ce sont les valeurs basses observées chez les hommes qui ont conçu naturellement dans les 12 mois. Tu peux être en dessous d'un seuil et concevoir quand même. Tu peux être au-dessus de tous les seuils et avoir un problème ailleurs. C'est un indicateur, pas un verdict.

Tu vas recevoir les chiffres avant ton médecin (par mail, espace patient en ligne, ou retrait au labo). Si tu sais comment les lire, tu peux te faire une idée avant la consultation. Si tu ne sais pas, attends de voir le médecin avant de paniquer ou de te rassurer. Les chiffres bruts ne disent pas tout.

Quand le résultat n'est pas celui attendu

Nous, on n'a même pas eu le temps d'attendre. Le labo a rappelé dès le lendemain : « écoutez, c'est bizarre, repassez, ça n'a pas bien fonctionné parce qu'on n'en a trouvé zéro ». Zéro. On s'est fait des petites blagues. On était tellement sûrs que ça ne venait pas de lui qu'on a pris ça pour un raté technique.

Et puis il a refait le test. Toujours zéro. Sur le compte-rendu, ce mot que je n'avais jamais croisé avant : azoospermie. Aucun spermatozoïde dans l'éjaculat. Les blagues se sont arrêtées là. On n'avait plus les mots pour le dire à voix haute.

Ce qui m'a fait le plus mal sur le moment, ce n'est pas le résultat lui-même. C'est l'absence totale de préparation. Personne ne nous avait dit : « ça pourrait venir de lui, gardez ça à l'esprit ». Tout le monde, nous compris, partait du principe que la femme est la première suspecte. Le spermogramme était une case à cocher. Quand la case s'est cochée différemment, on a perdu nos repères pendant quelques jours.

OATS, oligospermie, azoospermie : comprendre les diagnostics

Les principales anomalies qu'un spermogramme peut révéler sont l'oligospermie, l'asthénospermie, la tératospermie, l'OATS et l'azoospermie. Voici ce que chacune veut dire :

Selon le diagnostic, les options diffèrent fortement. Une OATS modérée peut être compatible avec une FIV-ICSI. Une azoospermie sécrétoire avérée oriente vers une biopsie testiculaire de recherche, et en cas d'échec, vers le don de sperme. Chaque chiffre ouvre un chemin médical différent.

Faut-il refaire un spermogramme ? Quand ?

Oui, presque toujours. Un seul spermogramme ne suffit pas à poser un diagnostic d'infertilité masculine. En général, un résultat anormal se confirme par un second test, souvent à quelques mois d'intervalle. Mais selon les cas, le labo ou le médecin peut décider de le refaire plus tôt.

Pourquoi un second spermogramme à 3 mois d'intervalle

Le cycle complet de spermatogenèse (la production des spermatozoïdes) dure environ 74 jours. En attendant 3 mois entre deux tests, tu mesures deux productions différentes du corps. Si la qualité reste basse aux deux tests, le diagnostic est fiable. Si elle s'améliore, c'est qu'un facteur ponctuel a perturbé le premier : une fièvre dans les semaines précédant le test, une grosse fatigue, un stress important, une maladie virale, certains médicaments.

C'est important à savoir, parce qu'un premier mauvais résultat n'est pas un verdict définitif. Il ouvre une question, il ne la ferme pas. Ce n'est qu'avec le second test, ou parfois un troisième en cas d'incohérence, que le diagnostic se stabilise.

Dans notre cas, ça a été plus rapide : devant un zéro complet, le labo a fait refaire le test dès le lendemain, et le deuxième recueil a confirmé. C'est après cette confirmation qu'on a commencé à parler de biopsie testiculaire, l'étape suivante quand l'azoospermie est confirmée et qu'on veut vérifier s'il existe encore une production résiduelle dans les testicules.

Et après le diagnostic : comment traverser ça

La première chose à faire, c'est de prendre rendez-vous avec un urologue spécialisé en andrologie. C'est lui qui va affiner le diagnostic, prescrire des examens complémentaires (échographie testiculaire, bilan hormonal, parfois caryotype) et orienter vers les options médicales possibles.

La deuxième chose, et c'est celle dont on parle le moins, c'est comment vous vivez ça en couple. Un diagnostic comme celui-là, on le vit rarement pareil à deux. C'est tout le sujet de mon article sur l'infertilité masculine : le silence qui s'installe, et ce qu'il fait à deux. Et c'est souvent là, dans ce décalage, qu'un accompagnement non médical peut aider : mettre des mots sur ce que le diagnostic remue, sans que tu aies à ménager qui que ce soit.

Si tu lis cet article parce que tu attends ton résultat, ou parce que tu viens de l'avoir, voilà ce que je voudrais te dire : les chiffres du spermogramme ne sont qu'un point de départ. Ils ne disent rien de qui vous êtes, ni si vous deviendrez parents, ni des chemins possibles. Ils disent juste où vous en êtes aujourd'hui, et quelles options sont sur la table. Le reste se construit après, à votre rythme.

Le spermogramme te dit ce que ton corps produit, à un instant T. Il ne te dit pas qui tu es, ni ce qui est possible pour vous.

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