Pré-éclampsie après PMA : quand tout bascule à 30 SA
Après un parcours de PMA, enfin le test positif. Tu crois le plus dur derrière toi. Et puis ton corps lâche, sans prévenir. Voilà ce que personne ne te dit sur la pré-éclampsie, l'accouchement prématuré à 30 SA, et l'amour pour un bébé derrière une couveuse.
Pour nous, le test positif est venu après un long parcours : l'infertilité de mon compagnon, un don de sperme en Espagne, des inséminations. Quand la grossesse est enfin arrivée, j'ai cru que c'était fini, que je pouvais souffler et la vivre comme tout le monde. Ce que personne ne m'avait dit, c'est que tout pouvait encore basculer, juste avant la fin.
La pré-éclampsie : quand ton corps lâche sans prévenir
La pré-éclampsie est une complication de la grossesse : une hypertension artérielle (on parle d'HTA gravidique) qui apparaît dans la deuxième moitié de la grossesse, souvent accompagnée de protéines dans les urines. Ça peut devenir grave, pour la mère comme pour le bébé. Et le seul vrai traitement, c'est de faire naître l'enfant. Moi, je ne savais même pas ce que c'était avant de la vivre. Tu peux lire la description médicale complète sur le site de l'Assurance Maladie.
Moi, dans les semaines avant d'accoucher, j'ai pris du poids très vite. Mon visage avait gonflé, mes mains, mes jambes. Je ne me reconnaissais plus dans le miroir. Ma famille me le disait : « mais comment tu ne vois pas ? » Je voyais bien que quelque chose clochait, mais je mettais ça sur le compte de la grossesse. On m'avait tellement habituée à culpabiliser sur mon poids que je me disais que je mangeais peut-être trop.
Les signes de pré-éclampsie qu'on minimise trop souvent
Les signes qui doivent faire consulter en urgence sont listés par l'Assurance Maladie :
- Une douleur en barre au niveau de l'estomac, persistante ou intense
- Des maux de tête sévères qui ne passent pas
- Des troubles de la vue (les phosphènes, ces points lumineux) ou de l'audition qui persistent
- Une douleur dans la poitrine ou un essoufflement
Moi, avec le recul, j'avais d'autres signes qui n'ont pas alerté : la prise de poids brutale, le visage et les membres qui gonflent. Ce n'était pas « juste » de la grossesse. Je ne dis pas ça pour t'affoler, et je ne suis pas médecin. Mais si tu sens que quelque chose ne va pas, n'attends pas qu'on te dise que c'est normal. Parles-en, fais-toi entendre, insiste. C'est exactement ce que je n'ai pas assez fait.
Est-ce que la PMA augmente le risque de pré-éclampsie ?
Oui, un peu. Une méta-analyse parue dans Human Reproduction Update (Pandey et coll., 2012) retrouve un risque de troubles hypertensifs de la grossesse (dont fait partie la pré-éclampsie) environ 1,5 fois plus élevé après une FIV, alors que la pré-éclampsie touche déjà autour de 5 % des grossesses en population générale (INSERM). Un risque modéré, donc, mais réel. Le détail des chiffres et de l'étude, je le donne dans mon article sur la grossesse après PMA. C'est une question que je me suis posée après coup : je ne savais rien de tout ça à l'époque. Si je l'avais su, j'aurais peut-être été plus attentive, ou mieux surveillée.
L'hospitalisation en urgence, la perte de contrôle
Pendant les trois jours qui ont précédé mon hospitalisation, je devais aller aux urgences tous les jours : monitoring, tension, protéines dans les urines. À chaque fois, les résultats n'étaient pas bons. Et puis ce jour où le médecin m'a dit : « Là, on va vous garder. » Moi qui déteste l'hôpital, et qui n'étais qu'à six mois de grossesse, j'ai senti la panique monter. Dans ma tête, un grand tourbillon : allais-je rester alitée jusqu'au bout ? accoucher tout de suite ? Je me souviens encore exactement de ce que j'ai mangé ce jour-là. C'est fou, les détails qui restent.
Moi qui avais tout contrôlé pendant des années de PMA (les dates, les protocoles, les rendez-vous), je me retrouvais dans un couloir d'hôpital sans aucune maîtrise de ce qui se passait. Tout le travail de patience et d'organisation que j'avais mis dans ce parcours ne servait plus à rien. Je devais juste subir.
Rationnellement, je savais que j'étais entre de bonnes mains, que l'équipe faisait exactement ce qu'il fallait. Mais émotionnellement, j'étais terrifiée. On venait de se battre si longtemps pour cette grossesse, et là on me disait que mon corps mettait ma fille en danger. C'était violent. Je m'en voulais, même si je savais bien que je n'y étais pour rien.
Accoucher à 30 SA : ce à quoi personne ne te prépare
J'ai accouché à 30 semaines d'aménorrhée. Six mois et demi de grossesse. Beaucoup trop tôt.
Un soir, vers 18h30, le médecin est entré dans ma chambre : on allait me descendre, et peut-être me faire accoucher. Je ne me sentais pas prête. J'ai appelé mon compagnon pour qu'il vienne le plus vite possible. Quand il est arrivé, je commençais déjà à divaguer. On m'a emmenée directement en salle d'accouchement.
Je me souviens des infirmières qui me tenaient la main et me rassuraient. Elles étaient tellement adorables. Ma fille est née à 20h36. Je l'ai gardée deux secondes contre moi, et puis on me l'a prise, aussitôt. Personne ne te prépare à ça : accoucher dans l'urgence et dans la peur au lieu de la joie qu'on t'avait promise, et voir partir ton bébé avant même d'avoir pu vraiment le regarder.
Ce que veut dire « grand prématuré » à 30 SA
Un bébé né à 30 SA est ce qu'on appelle un grand prématuré. Ses poumons ne sont pas finis (on parle du surfactant, la substance qui aide à respirer), il ne sait pas encore téter, il a besoin d'aide pour à peu près tout. Il part d'abord en réanimation néonatale, puis en néonatologie, dans une couveuse. Aujourd'hui, grâce aux soins, la grande majorité de ces bébés s'en sortent bien, même si chaque histoire est différente et que le chemin peut être long. Mais sur le moment, tu ne sais rien de tout ça. Tu sais juste que ton bébé est minuscule et qu'il se bat.
Et pourtant, aussi étrange que ça puisse paraître, je garde malgré tout un merveilleux souvenir de mon accouchement.
Pourquoi ce parcours mérite un accompagnement à part
Ce que j'ai vécu, je ne le souhaite à personne. Mais je sais que je ne suis pas la seule. Beaucoup de femmes enchaînent une PMA épuisante, puis une grossesse à risque, puis une prématurité. Un traumatisme posé sur un autre. Et pourtant, c'est un parcours dont presque personne ne parle, et pour lequel on ne propose presque aucun accompagnement pensé pour ce continuum.
Une doula peut-elle accompagner une grossesse à risque après PMA ?
Oui, sur le plan émotionnel. Je ne suis pas sage-femme, je ne pose aucun acte médical, et je ne remplace jamais l'équipe qui te suit. Mais je peux être là pour ce que le médical ne prend pas en charge : le choc, la peur, la culpabilité, le sentiment d'injustice après tout ce que tu as déjà donné. Pour t'aider à mettre des mots sur ce moment où ton corps t'a lâchée alors que tu pensais avoir gagné. Pour t'accompagner du parcours PMA jusqu'au retour à la maison, même quand ce retour ne ressemble pas du tout à ce qu'on t'avait promis.
Quand je suis passée par là, je n'avais personne qui connaissait ce parcours dans sa globalité, du premier rendez-vous de PMA jusqu'à la sortie de néonatologie. C'est aussi pour ça que je suis devenue doula.
Mon accompagnement couvre tout ce parcours, du premier rendez-vous jusqu'au retour à la maison : une heure en visio, à 70 €, au moment où tu en as besoin.
« En PMA, le test positif n'est pas toujours la fin de l'histoire. »
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